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UN KIDNAPPING AU PARADIS
FICTION
art-felx.com
CHAPITRE 14 — GUILI-GUILI

Pelures de Patates, quant à lui, s’était empressé d’aller retrouver sa conjointe, sa chère Guili-guili, pour lui venir en aide. Il était très inquiet de ce qui avait pu lui arriver. De quelles affres dégénérées les petits diables l’avaient-ils affligée ? Subissait-elle d’horribles sévices à la mélasse ?

Si Pelures était confus, absorbé par la situation possiblement inconfortable de sa femme, que dire des craintes de celle-ci ? Elle ne l’avait jamais vu rentrer dans leur home avec un groupe d’inconnus. Elle le sermonna d’abord un peu. N’était-ce pas normal ?

— Pelures, tu as vu l’heure à laquelle tu rentres ! dit-elle à haute voix, les mains et les ailes sur les hanches. Non ! Mais dans quel état tu es ! Et qui sont tes camarades de virée ?

— Pauvre Guili-guili, tu m’aimes tellement que tu t’inquiétais davantage de mon sort que du tien !

— Oui, c’est vrai ! Nous avons tellement eu peur ! Mais que s’est-il passé et où est Dieu ?

— Nous ne le savons pas plus que toi. Il est sans doute inutile de te préciser que Rose des Vents a envahi le paradis. Mais il ne faut pas t’en faire : il ne reste qu’une poignée de démons qui le cherchent sans succès. Henri, Marilyn et Tonton sont à sa poursuite, rassura Pelures.

À la surprise de quelques saints, anciens diablotins et autres âmes qui avaient accompagné Pelures de Patates, les deux anges s’embrassèrent passionnément. Lorsque ces êtres s’embrassent, c’est quelque chose à voir. Mais surtout à entendre. Quand leurs lèvres se touchent, on entend un son grave et continu, mais agréable. S’ils ouvrent la bouche pour laisser leurs langues se rejoindre et se frôler suavement l’une contre l’autre… ce son continu passe en phase harmonique, et de leurs gorges sifflent de jolies mélodies sans cesse renouvelées.

Ce baiser passionné ne suffisait pourtant pas à atteindre Dieu, qui ne leur répondait toujours pas.

Le corps du général aurait bien aimé pouvoir réfléchir à voix haute, sans se rendre compte qu’à force de se frapper le front, il se cuisinerait le troisième œil. Sauf qu’il s’éloignait de plus en plus de son excroissance flottante… cette tête gueularde et gluante. Néanmoins, en bon stratège, sa tête aurait confié une mission à son sergent préféré, Minus Cule, en lui disant…

— Ma petite merde !… (C’est ainsi que Rose nomme affectueusement ses serviteurs.) Toi et les autres, vous allez retourner dans les territoires conquis et vérifier si tout est normal. Vous nous rejoindrez demain. N’oubliez pas que nous serons un peu plus à l’ouest. Vous pouvez disposer.

— Pas de problème, mon général ! Foi de Minus, s’il y a des problèmes, je les corrigerai moi-même, comme un grand !

— Ne faites pas de sottises ! lui aurait répondu ma tête. Et surtout, cessez d’en dire. Je vous charge uniquement de tâter le terrain, et rien d’autre ! Allez, ouste ! Procédez !

Ma tête aurait alors deviné que Minus Cule ne serait pas parti sur-le-champ s’enquérir de tout ce qui méritait d’être rapporté. Le petit bicorne se serait laissé aller à son passe-temps préféré, sans que je le rappelle à l’ordre. Cela faisait d’ailleurs un bon bout de temps qu’il n’avait pas regardé sous les robes des anges…

Voilà que le corps de Rose réfléchissait.

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